Club Français bat C.A. Paris : 5-3 Le courage est une grande qualité sportive. Capistes, vous êtes courageux ! La vitesse est un facteur extrêmement précieux en matière de football, surtout en France. Vous jouez vite, au C.A.P. ! Sans doute, pendant de longues minutes, vous avez imposé aux clubistes, beaucoup plus pondérés, un train d'enfer qui ne fut pas sans leur causer de la peine. Mais tout cela n'est pas suffisant. Et tous les spectateurs, nombreux d'ailleurs, de la rencontre extraordinairement animée qui eut pour théâtre le vieux stade de Charentonneau savaient à quoi s'en tenir, croyez-moi, vers le milieu de la seconde mi-temps. Cependant, le C.A.P. menait par 3 buts à 2. Mais le ressort des Capistes était visiblement détendu ; ils étaient à peu près à la merci de l'équipe adverse, qui avait laissé passer l'orage pour conserver encore des réserves de force, de souffle et d'ardeur. Pour qu'une semblable tactique, tentée par le C.A.P., réussisse, il faut, non seulement « étouffer » l'adversaire par la vitesse, mais surtout lui infliger d'emblée un nombre respectable de buts capables de lui émousser son moral. La victoire, l'exhibition générale du Club Français furent, au contraire, quelque chose de consistant, de sérieux, qui donne confiance. Ce n'est pas un foyer d'où sortent de grandes flammes que l'équipe du Club, si l'on peut oser pareille image, mais un brasier entretenant une chaleur constante. Au C.A.P., Finot reste le prototype du courageux défenseur. Comme distributeur, ses progrès sont bien lents. Canet est un fin ailier, le meilleur footballeur de la ligne d'avants. Carbonnet, le courage fait homme également. Bayart, le meilleur arrière. Le goal, un peu faiblard. Fidon, pâle autant que Droyer. Ne jugeons pas trop sévèrement Noirat, qui n'est pas habitué à jouer en première équipe. Le onze qui, dans l'ensemble, pratiqua le meilleur football, hier, a gagné. Trouvez-vous à redire à cela ? Le premier but fut réussi par Haas, dès les premières minutes, d'un shot soudain et imprévu, de biais — un shot de demi — qui laissa sur place le jeune goal Millet, surpris plus qu'on ne pourrait le dire. Noirot égalisa sur une généreuse « poussée » de la cohorte capiste déchaînée. Mercier, de près, d'un joli shot, redonna l'avantage au Club. Tandis qu'avant le repos, Droyer termina une action confuse créée par un centre de Canet, par un but égalisateur. A la reprise, après un début un peu lent, nouveau départ du C.A.P. Et Noirot, pour la première fois, permettait au C.A.P. de mener. Mais ce fut le chant du cygne. Dès ce moment, où à peu près et progressivement, l'« incendie » capiste était maîtrisée. Par deux fois, Mercier et Largillière une, la victoire du Club s'affirma de façon très régulière. Résultat bien conforme à la physionomie d'un match comme les amateurs de fortes émotions voudraient bien en voir souvent. M. Féron, qui arbitra de façon très convenable, mit tout en œuvre pour ne jamais hacher la partie par des coups de sifflet trop nombreux. — F. Héric.